Travailler en Polynésie

Lorsque nous sommes arrivés dans le lagon de Raiatea, nous n’avions jamais imaginé y rester pendant sept ans. La caisse du bord était bien vide en arrivant en Polynésie.

Nous avons travailler pendant presque un an aux îles Marquises, en nous déplaçant d’une île à l’autre. Nous avons également fait quelques remplacements en ostéopathie à Tahiti, puis nous sommes retournés aux Marquises. Il y a trop de monde à Papeete, trop d’embouteillages et de pollution. Ce n’était pas ce que nous recherchions en venant en Polynésie.

Travailler aux Marquises nous a donné de belles ouvertures et permis d’avoir de beaux échanges avec les locaux. On pratique beaucoup le troc aux Marquises. Nous échangions souvent des séances contre des sculptures en bois de tikis et de raies manta, des bols, des tapas peints à la main et des fruits frais. Nos amis marquisiens nous emmenaient souvent à dos de cheval vers des cocoterais pour récolter le coprah, l’ecorce de noix de coco.

Notre première salle de traitement à Nuku Hiva se trouvait chez Péré, une « guérisseuse » locale. Ses fils utilisaient cette pièce comme studio de tatouage. Les murs étaient recouverts d’images de play-boy sur lesquelles ils avaient dessinés des tatouages pour inspirer leurs clients. Nos patients avait quelque chose de plus intéressant à regarder que des posters de squelette et du système nerveux! Notre amie Péré, était adorable. Elle était tellement gentille, qu’elle laissait ses deux fils tatoueurs s’entraîner sur elle. Du coup, elle est tatouée de la tête au pied. Chaque fois que nous lui rendions visite, elle insistait pour que nous mangions avec elle. Il y avait toujours des grosses marmites sur le poêle remplit de confitures, de soupes et autres mets marquisiens. Il est difficile d’imaginer quiconque mourir de faim dans ces îles, les arbres regorgent de fruits, les îles de cochons et de chèvres sauvages et la mer de poissons. On repartait tout le temps sur notre voilier, les bras chargés de précieux cadeaux, des pamplemousse aussi gros que des ballons de football, des citrons, des mangues et des régimes de banane. En randonnée, on s’arrêtait souvent pour se désaltérer avec des mangues sauvages au jus délicieux. Le tapioca, le uru (fruit à pain), la patates douces et le manioc poussent en abondance dans ce sol riche et fertile. Les plats de chèvre sauvage et de cochon sont souvent sucrés au lait de coco. Pour les grande occasions, la viande et le poisson mijotent des heures dans le four marquisien creusé dans la terre.

Nous naviguions souvent d’une île à l’autre pour proposer nos services d’ostéopathes. Notre travail d’ostéopathe nous a donné l’occasion unique de voir et comprendre comment les gens vivent. Grâce à notre travail, les marquisiens s’ouvraient plus facilement à nous et n’hésitaient pas à se confier.

Les Polynésiens sont des gens forts et fiers, connus pour ne pas être capables de bien verbaliser leurs problèmes. Lorsque vous vivez dans des petites communautés ou tout le monde se connaît et que tout le monde sait tout sur tout, souvent des tensions apparaissent. Il n’est pas simple de s’échapper d’une île pour fuir ses problèmes.

Le côté sombre de ce paradis est qu’il y a aussi beaucoup trop de violence et d’abus et que c’est trop souvent considéré comme un comportement normal. Heureusement, on en parle maintenant plus ouvertement et les mentalités commencent à changer.

Les grands-parents ou les parents aident souvent à élever de jeunes enfants car il n’est pas rare que les filles tombent enceintes avant la fin de leurs études.

Nous nous sommes demandés pourquoi les jolies filles s’habillaient avec des t-shirts amples et des shorts amples, mais nous avons réalisé plus tard que c’était parce qu’elles ne voulaient pas attirer l’attention sur elles-mêmes.

Aux Marquises, il n’y a pas de lagon et de barrière de corail. Une fois en mer, vous vous trouver directement dans les eaux profondes du Pacifique. Ces eaux sont épaisses et noires et très riches en plancton. Elles abritent une vie marine très variée et abondante.

Parfois, le bain du matin peut vous donner l’impression d’être plus sale à la sortie qu’a l’entrée. Il n’est pas rare de faire des rencontres avec de grands requins, des raies manta ou des orques à proximité de la rive. On nous a raconté que régulièrement une plage de Nuka Hiva se retrouvait rouge de sang après le festin des orques qui se nourrissent de raies manta.

Lors d’une plongée en apnée un jour de Noël, nous avons eu la chance d’assister au spectacle d’une dizaines d’énormes raies manta qui se nourrissaient autour du bateau. Nous nous sommes sentis très petits dans l’eau. Petits dans ce monde, loin des êtres qui nous sont chers, mais bien vivants et harmonie totale avec cette magnifique nature.

Même au paradis, tout le monde a des soucis et son lot de stress. Comme partout ailleurs, tout le monde a le même besoin d’être entendu et écouté et la même envie d’amour et de tendresse.

Bien que nous ayons vraiment apprécié notre séjour aux Marquises, nous commencions à être fatigués de toujours bouger d’une île à l’autre et des mouillages rouleurs. On cherchait un peu plus de calme et de stabilité. Raiatea, dans les îles sous le vent, nous a sembler être un très bon compromis. On y restera pendant 7 ans.

Nous avons trouvé un emplacement idéal pour un cabinet dans le centre ville d’Uturoa sur l’île de Raiatea. La propriétaire du local, une femme d’affaires chinoise qui se trouvait à Tahiti, a pas mal hésitée a nous le louer. Elle pensait que notre cabinet ne tournerait pas assez pour payer son loyer. Après de longues discussions elle nous a finalement donne le feu vert. Nous avons nettoyé, peint et décoré notre nouveau cabinet d’ostéopathie avec des tissus locaux et nos souvenirs des Marquises.

Un des kinés local qui pratiquait un peu l’ostéopathie, ne voyait pas notre arrivée du bon œil. Il nous a dit qu’il n’y avait pas de travail pour nous et que la plupart des médecins étaient de l’ancienne génération et ne voyaient pas l’ostéopathie comme une vraie spécialité mais comme une pratique douteuse de « rebouteux ».

Heureusement, plusieurs médecins étaient prêts à travailler avec nous et le kiné de l’hôpital était ravi de nous envoyer du monde. Rapidement, nous voyions presque tout le staff de l’hopital!

La population chinoise locale qui gère de nombreuses entreprises locales nous a rapidement adopté et nous avons rapidement commencer à avoir une bonne réputation.

Notre style de vie était plutôt « relax » sur l’île. Nous partagions la journée de travail entre nous, alternant matin et après-midi. Nous prenions toujours le temps de manger tranquillement et de faire une bonne sieste après le repas du midi. Quelle vie!

Notre temps libre, on le passait en prenant du bon temps. Que ça soit en jouant au Rugby, en surfant ou en faisant du kitesurf, du parapente, de la plongée ou de la danse. Nous avons également rejoint une équipe de Va’a (pirogue a balancier traditionnelle).

Bref, pleins d’activités sympas. Des belles amitiés se sont formées petit à petit.

Nous passions nos week-ends sur les plages des motus (petites îlots) avec des amis à pique-niquer, à jouer à la pétanque, à pêcher.

Imaginez-vous en train de siroter une bière fraîche ou une noix de coco glacée assis les fesses dans l’eau chaude sur une plage de sable blanc en écoutant du ukulélé. Il y a pire! C’était notre quotidien!

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Jo a commencé à apprendre la danse tahitienne, qui est devenue une occupation à temps plein à l’approche de la saison des festivals. Apprendre à fabriquer des costumes et à retenir des chorégraphies de plus en plus compliquées.

« J’ai appris quelques mots de tahitiens par le biais des chansons et j’ai eu la chance d’avoir un professeur très patient. Quand j’ai dit a ma prof de danse que je ne pensais pas avoir le niveau pour aller à Tahiti pour danser avec la troupe, elle m’a raconté une histoire. Une fois, elle a appris à danser un enfant handicapé, qui aimait vraiment la danse. Je ne sais pas si c’était pour me rassurer que j’avais bien le niveau, mais Rohina est fière d’inclure tous ceux qui veulent apprendre, peu importe vos formes et vos différences, tout le monde remue ses hanches du mieux qu’il peut. L’important c’est de prendre du plaisir et de bien rigoler. L’expérience de la danse à To’ata, Papeete, avec 80 autres femmes et enfants dansants au sons des percussions était le point culminant de mon expérience de danse. J’étais heureuse d’être acceptée même avec ma mémoire médiocre et mon manque de coordination. »

En y repensant à présent, nous avions tellement de temps libre… la vie avant les enfants !!!

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Guillaume a démarré une clinique annexe à Bora Bora. Il y allait en ferry ou en avion et nous avons naviguions une fois par mois vers Huahine, l’île en face de nous, située à une trentaine de kilomètres.

C’était rarement une navigation confortable car entre les îles, l’eau est toujours agitée. A l’allée, nous naviguions en général contre le vent. Il nous fallait parfois jusqu’à 8 heures pour arriver à Huahine. Mais bon, nous sommes des marins n’est ce pas… Le lendemain, on ramait jusqu’à la plage de Fare et marchions pieds nus vers notre cabinet d’ostéopathie, travaillant avec du sable entre les orteils.

Guillaume était souvent seul à pratiquer le kitesurf à Raiatea. Très vite, des amis lui ont demandé de le leur apprendre le kitesurf. Du coup, il a décidé de se former pour pouvoir enseigner avec les bonnes techniques. Nous sommes donc allés en Nouvelle-Zélande où il a suivi le cours I.K.O pour devenir instructeur de kitesurf. Nous avons investi dans une camionnette, du matériel récent, un bateau à moteur et l’école « Raiatea kitesurf School » est née.

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Jo avait l’habitude d’envoyer ses patients faire des cours de Pilates pour renforcer leurs postures et développer leurs tonus musculaires. Elle s’est rendu compte que ce type d’exercice doux faisait défaut à Raiatea. Elle a donc décidée de faire une formation en Angleterre pour devenir professeur de Pilates. Elle entreprit la lourde tâche d’enseigner dans une langue étrangère. En peu de temps, elle organisait neuf cours par semaine. Les cours se faisaient dans la salle de conférence d’un hôtel avec vue sur le lagon. Il y avait la climatisation, une vue de carte postale et des cocktails de fruits au bar après les séance. Difficile de faire mieux que ça!


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